Après de sérieuses réformes rendues nécessaires à la fin des années 80, le système bancaire et financier sénégalais a entamé un nouveau virage. S’il se caractérise aujourd’hui par une certaine solidité et la forte présence de banques étrangères, il reste encore soumis aux contraintes de l’environnement dans lequel il évolue.

 

La crise financière des années 80 : Une politique monétaire sous contrôle interventionniste de l’Etat

Depuis l’indépendance, le secteur bancaire sénégalais fut marqué par une omniprésence et une ingérence de l’Etat qui ont perduré jusqu’aux années 80.
La BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest), organisme créé en 1955, est alors chargée d’émettre la monnaie, de chapeauter et coordonner la politique monétaire et de crédit de tous les pays de l’UEMOA. C’est en quelque sorte la banque des banques et l’incarnation financière de l’Etat. Durant les années 80, le Sénégal a vu exploser une crise financière qui couvait depuis quelques années. La mauvaise évaluation des risques liés aux prêts, le financement à perte d’entreprises publiques, l’accumulation de prêts non garantis pour des besoins improductifs et, pour couvrir le tout, un recours abusif à l’aide de la BCEAO ont obligé les autorités à mettre en place un système financier viable capable de faire face aux exigences d’une économie qui gagnait en complexité.

 

Portrait du paysage bancaire sénégalais aujourd’hui

De nombreuses réformes ont radicalement transformé le fonctionnement du système bancaire sénégalais. Dans un objectif de rentabilité, il a été contraint de se diversifier jusqu’à constituer aujourd’hui un ensemble de banques et d’établissements financiers indépendants, mais toujours en interaction avec la BCEAO.
Le système bancaire et financier sénégalais fait aussi l’objet d’une série de contrôles qui garantissent la solvabilité et l’équilibre financier des établissements. Les contrôles sont effectués par des commissaires aux comptes agréés, par la publication chaque année des comptes et documents de fin d’exercice et par un contrôle interne des opérations dont les obligations sont précisées par la Banque Centrale.
La Banque Centrale participe toujours à la stabilisation des relations monétaires entre le Sénégal et ses partenaires commerciaux étrangers en assurant la gestion des réserves de change. De par son action dans la politique économique générale du pays, elle joue un rôle essentiel sur la croissance de la masse monétaire et sur le niveau des prix.

 

Un secteur en forte évolution

L’activité du secteur bancaire et financier sénégalais témoigne d’une bonne santé et d’une constante évolution depuis ces dernières années. En juin 2019 on dénombrait au Sénégal :
25 banques (banques généralistes à réseau national, banques à réseau ouest africain, banques filiales de banques étrangères, banques d’affaires, banques spécialisées…) dont 61 % des agences sont situées dans la région de Dakar et 39 % dans les autres régions du Sénégal. A noter que la SGBS (Société Générale de Banque au Sénégal) occupe la première place au sein du secteur bancaire sénégalais.

  • 4 établissements financiers (sociétés de fiducie, sociétés de courtage de valeurs, compagnies d’assurances, sociétés de crédit-bail et investisseurs institutionnels). Parmi ces établissements on citera Locafrique (Compagnie Ouest Africaine de Crédit-Bail) orientée vers le financement des entreprises notamment des PME, et de leur matériel d’exploitation,
  • 29 établissements de crédits agréés comprenant notamment des institutions de micro finance
  • 2 holdings financières
  • 540 guichets automatiques

L’évolution du nombre des établissements financiers affiche un net retard par rapport à celle des banques. L’offre des établissements de crédit est certes diversifiée mais concerne essentiellement des prêts à court terme. Les financements de campagnes agricoles ou le soutien aux grandes entreprises est davantage assuré par la filière bancaire.

 

Les efforts pour booster la bancarisation

Les contraintes induites par l’environnement socio-économique et la structure même de l’économie sénégalaise affectent directement les établissements bancaires du pays. Le système bancaire et financier se heurte encore aujourd’hui à la méconnaissance des populations qui se méfient des banques vues comme des institutions uniquement intéressées par le profit. Certains habitants encore trop nombreux préfèrent se tourner vers le secteur financier informel.
Les banques sont donc principalement rassemblées en milieu urbain. La plupart des banques sénégalaises ont ainsi implanté leurs agences surtout autour de Dakar ainsi que d’autres grandes villes comme Saint-Louis, Kalolack ou Thiès. Cette bancarisation ciblée s’est faite au détriment des zones rurales très insuffisamment couvertes par les services bancaires.

Pour relever le niveau de bancarisation du pays, le Sénégal compte sur sa politique d’implantation de nouvelles banques. Elle devrait à terme stimuler l’économie du pays en favorisant l’accès des habitants (notamment dans les contrées les plus reculées) aux services financiers, d’améliorer la croissance et de combattre la pauvreté.
Le Sénégal mise aussi sur l’essor du digital et de la téléphonie mobile qui devrait rapidement améliorer l’adhésion au système financier et booster le niveau de bancarisation des ménages sénégalais. Le téléphone portable représente ainsi un excellent outil pour le faciliter les transferts d’argent depuis un compte bancaire.